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Outils et stratégies d'enseignement - Compte rendu d'un sauvetage

Le choc consécutif à un sauvetage

Je suis heureux de constater à quelle vitesse l’enseignement de la RCR se propage dans les écoles secondaires de partout au pays. En lisant les histoires de sauvetage, je me suis rappelé la première fois que j’ai sauvé une vie. Cela peut vraiment vous secouer.

Un jour, quand j’étais étudiant, je faisais mon lavage dans une laverie automatique de London, et un enfant qui se trouvait là s’est étouffé. Il est devenu bleu. Sa mère s’est mise à crier. J’ai frappé l’enfant dans le dos puis il a recraché une pièce de monnaie. Le garçon s’est tout de suite senti mieux, mais sa mère a mis quelques minutes à s’en remettre. Elle a ensuite attrapé la main de son garçon, m’a remercié, et ils sont partis.

Je savais que je venais de sauver une vie. Ça pouvait sembler banal, mais c’était incroyable, et j’étais fier. J’ai su comment réagir et ça a fonctionné. J’ai souvent repensé à cet épisode. Je l’ai revécu encore et encore dans ma tête. J’aurais aimé pouvoir en parler à quelqu’un, raconter ce qui était arrivé, comment je m’étais senti. Sauver une vie m’avait causé une certaine anxiété, tout à fait normale, mais le fait de pouvoir en parler à quelqu’un m’aurait aidé à mieux comprendre ce que je ressentais.

Mon « patient » a survécu. En tant qu’instructeurs en RCR, nous savons que ce n’est pas toujours le cas. Les situations de crises sont traumatisantes. Quand quelqu’un s’étouffe ou meurt, qui est le plus touché? Le témoin qui ne sait pas quoi faire ou le jeune qui intervient? Je pense que les deux sont ébranlés, mais d’une façon différente. Quand on enseigne la RCR, on enseigne aux gens à intervenir. L’instructeur, qui peut anticiper ces situations stressantes, peut donner certains conseils, pendant la formation ou plus tard, quant à la façon de bien gérer ce stress.

Il devrait y avoir, dans tous les cours de RCR, une partie consacrée aux émotions que peut susciter une intervention. Il est important de demander aux élèves non seulement ce qu’ils feraient dans telle ou telle situation, mais aussi comment ils pensent qu’ils se sentiraient. En s’attardant à ces questions plus sérieuses, non seulement les élèves seront plus motivés, mais ils seront mieux préparés à faire face au choc consécutif à un sauvetage.

Il est important pour les ambulanciers qui ont vécu une situation stressante d’en parler. C’est également le cas pour les élèves qui mettent en pratique les techniques de RCR. Un élève de Montréal a sauvé la vie de son père en effectuant la manœuvre de Heimlich. Après l’incident, gêné par toute l’attention qu’on lui portait, l’adolescent n’avait qu’une envie : regarder la télévision. Était-ce parce qu’il n’avait pas été touché par l’événement? Certainement pas. Aurait-il eu besoin de consulter un spécialiste en traumatologie ou de participer à une séance de verbalisation après cet incident critique? Peut-être pas non plus. Dans la plupart des cas, le fait de pouvoir en parler suffit. Quelques conseils peuvent être utiles.

En constatant la qualité de la relation entre les instructeurs et les élèves, j’ai réalisé que ces enseignants occupent une position unique. Ainsi, lorsque les élèves s’exercent à la RCR, prenez le temps de vous asseoir avec eux une quinzaine de minutes. Demandez-leur ce qui est arrivé. Laissez-les vous raconter l’événement à tour de rôle. Demandez-leur comment ils se sentent. Rappelez aux élèves que ce qu’ils ressentent est tout à fait normal, s’ils ne semblent pas s’en rendre compte. S’ils ont bien travaillé, dites-leur. Dans le cas où ils auraient pu faire mieux, évitez d’émettre des jugements. Ce temps doit être consacré à l’écoute. Ne prenez pas de notes. Vous pouvez vous asseoir pour discuter aussi bien avec un seul élève qu’avec le groupe. Il peut arriver à l’occasion qu’un jeune ait besoin d’une aide plus soutenue, mais dans la plupart des cas, le traumatisme est mineur et une simple conversation suffit.

Les jeunes qui sauveront une vie se sentiront très fiers. S’ils n’y parviennent pas, ils devraient quand même être fiers d’avoir essayé. Nous pouvons les aider à traverser cette épreuve. Je me rappelle encore, comme au ralenti, quand la pièce de monnaie est sortie de la bouche de cet enfant pour aller rouler par terre. J’ai sauvé une vie ce jour-là. Mais ce n’est que lorsque j’ai écrit une lettre expliquant ce qui était arrivé et comment je m’étais senti que j’ai pu tourner la page sur cette expérience. Même si j’ai sauvé d’autres vies dans ma carrière médicale, ce garçon est celui dont je me souviens le mieux, même si je ne sais pas son nom. C’est l’une des meilleures choses que j’ai faites dans ma vie.

Justin Maloney, M.D.
Directeur médical
Programme de la base hospitalière d’Ottawa-Carleton